TEMOIGNAGEs
UN FRANCISCAIN DANSEUR ! Un
jour un frère de 84 ans me dit : « Cela va te
mener où la danse ? » Sous-entendu, cela ne mène
nulle part… Je sentais dans sa voix une irritation mèlée
d’inquiétude. Plus tard Thomas me regarde danser
autour de l’autel lors d’une messe. Il me confie
après ; j’avais la larme à l’œil.
Et quelle n’est pas ma surprise quand, lors de sa fête,
il me demande de danser…Mais avant d’aller plus loin, quelques mots de présentation. Je m’appelle Michel Laloux. Je suis franciscain prêtre. Dans quelques jours j’aurai 48 ans, dont 28 passées avec mes frères. Arrivé à Toulouse, il y a quelques jours, j’ai vécu dans plusieurs communautés en France et en Belgique. C’est d’ailleurs là que pendant 15 ans, j’ai rencontré des enfants dans la rue et que j’ai travaillé plutôt comme éducateur de rue. Ces 15 ans ont marqué ma vie avec cette chance de la rencontre des pauvres. Dès lors le changement de fraternité à Lyon, il y a trois ans fût une épreuve. Epreuve salutaire. Dieu ne me demandait-il pas de me détacher de mon travail, de mes relations ? Pourquoi ? Peut-être pour creuser une liberté en moi, et pour que je m’attache à Lui plus en profondeur ? Ce déménagement m’a rappelé que Lui est avec nous partout, et que partout il est possible d’aimer. Mais Il me réservait deux surprises : la rencontre des gens du voyage, et l’épanouissement de la danse dans ma vie. Je ne vous parlerai pas ici de la rencontre avec les Tziganes. Ce n’est pas l’objet de cet article. L’épanouissement de la danse ? La danse n’avait
pas été absente de ma vie. Dès le plus jeune âge,
j’avais pu admirer la distinction avec laquelle mon père
et ma mère dansaient ensemble la valse. Ils semblaient ne
plus faire partie de cette terre. Mais la danse n’était
pas réservée à eux seuls ; lors de jours de
fête, nous repoussions les meubles contre les murs, et les
5 enfants que nous étions rythmaient de leur corps la musique.
Les années s’écoulèrent, et mes nombreuses
occupations, me permettaient seulement de danser de temps en temps.
Jusqu’au moment où je fis partie d’un groupe
folklorique. Je suis passé d’un groupe de danses grecques, à de
la danse internationale, à un groupe de danses wallonnes… Mais
rien ne me satisfaisait pleinement. J’avais seulement un
attrait particulier pour l’une ou l’autre danse d’Israël
que j’avais apprise. Et un jour, je me décidai à faire
un stage de danses d’Israël. Sur place je me suis rendu
compte qu’il était destiné à des danseurs
confirmés. Moi qui ne savais même pas les pas de base
; mayim, tcherkessia, yémenith… Je ne me suis pas
découragé, et je fis d’autres stages plus à mon
niveau.Mais pourquoi de la danse d’Israël ? J’y découvre une grande joie, une intériorité aussi. Le bonheur est de découvrir que le mouvement, le geste me font communier à Dieu autrement ; Que la beauté et l’harmonie sont un chemin béni pour recevoir Dieu. Mais il m’a fallu du temps pour accepter ce chemin de bonheur original pour un religieux. Difficile pour moi de travailler une chorégraphie au risque d’être vu par d’autres. Difficile pour moi de reconnaître à d’autres ce désir envahissant de danser. Difficile pour moi de prendre du temps pour la danse alors qu’il y a tellement à faire. Dernière résistance, n’étais-je pas trop âgé pour danser de manière un peu conséquente ? Dieu cependant, se moque gentiment de nos résistances ; progressivement il les a fait tomber une à une. Moi qui avais un peu peur du regard des frères… c’est un frère qui m’a donné l’idée de danser seul autour de l’autel. Il est vrai que la première fois je tremblais comme une feuille. Mais aujourd’hui, je me sens à l’aise et souvent joyeux. Actuellement, je suis heureux aussi de pouvoir donner des stages
de danses & bible, ou encore simplement des stages de danses
d’Israël. J’essaie de réaliser ce proverbe
; « Tout ce qui n’est pas donné est perdu » .
Pour moi une danse naît vraiment lorsque j’ai pu la
transmettre. Quelle joie pour moi de communiquer ce que j’aime.Je découvre un peu de cette infinité de gestes que l’on peut faire avec son corps. Dieu en nous créant a eu une imagination débordante qu’Il en soit loué.
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