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M'ACCORDEZ-VOUS CETTE DANSE ?


Extraits du livre « Hors du ghetto, un regard évangélique sur la culture et les arts » de Paul Gosselin
(éditions Samizdat).

        
Cet essai très intéressant, riche en citations et images d’auteurs et artistes, tente d’expliquer et commenter le parcours historique des chrétiens dans le domaine artistique et culturel en général (principalement d’un point de vue évangélique). Voici quelques extraits sur le chapitre de la danse…. A lire et à se procurer !

« Lorsque l’on considère la danse chez les évangéliques, on constate que l’attitude néoplatonicienne (note : le corps assimilé à la chair, contraire à l’esprit) a certainement contribué à exclure cette forme d’expression artistique. Chez les baptistes par ex, dès les débuts, la danse a été proscrite non seulement à l’intérieur des murs de leurs églises , mais les membres devaient s’abstenir de toute forme de danse sociale à l’extérieur aussi. Au XVIIIème siècle, lorsque les membres d’une église apprenaient qu’un des leurs avait assisté à une soirée de danse sociale, on approchait l’individu concerné et on lui servait un avertissement fraternel afin qu’il se repente de son comportement mondain. Si l’individu persistait dans son comportement, il pouvait se voir exclure de l’assemblée.

(…) On peut penser que les églises baptistes noires ont contribué, en bonne partir, à initier à une attitude plus positive à l’égard de la danse, car l’expression corporelle a toujours été ancrée dans la culture afro-américaine et leurs églises ont admis la danse beaucoup plus rapidement, même dans les murs de leurs églises.
Mais si on examine l’attitude des écritures à l’égard de la danse, nous voyons très rapidement qu’elle n’est pas une activité interdite, mais qu’elle est intégrée, depuis les débuts, à la culture juive de la manière la plus naturelle. (…) la danse chez les Hébreux de l’Ancien Testament est expression de joie et de libération de l’oppression.

(…)Les écritures nous disent spécifiquement que : « David dansait de toute sa force devant l Eternel » (2 Samuel 6v14). A bien y réfléchir, on voit dans ce verset l’écho du premier commandement : « tu aimeras l ‘Eternel de tout ton cœur, de toute ta pensée, de toute ta force. »(Deutéronome 6 v5). Pour obéir à ce commandement d’aimer Dieu avec toute sa force, quel moyen d’expression serait supérieur à celui de la danse ? Nous voyons très clairement dans ce contexte que la danse fait partie du culte rendu à Dieu.
(…) Dans l’Ancien Testament, on voit aussi la danse associée à la guérison. Dans la Bible Louis Segond, on voit le psaume 51v8 rendus par : « annonce moi l’allégresse et la joie, et les os que tu as brisés se réjouiront. Dans d’autres traductions, le mot se réjouiront est rendu par danseront.

(…) Le Nouveau Testament note aussi la danse comme une activité admise puisque le Sauveur l’évoque sans condamnation « nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous vous avons chanté des complaintes et vous ne vous êtes pas lamentés » (Mat11v17). Dans le contexte de cette discussion, nous pouvons peut-être voir dans une perspective nouvelle : « Ne savez vous pas que votre corps est le temple du saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous mêmes ? Car vous avez été rachetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu » (1 Cor 6 :18-20). Est ce possible que ce que les Ecritures entendent par l’injonction « glorifiez donc Dieu dans votre corps » puisse impliquer quelque chose de plus concret qu’une vague obéissance morale ?

(…) Un ami missionnaire, familier avec le contexte asiatique, m’a informé qu’en général (il y toujours des exceptions) les églises évangéliques libres y sont plus ouvertes aux moyens d’expressions artistiques liés à la culture asiatique traditionnelle (chinoise ou autre) ce qui inclut la danse. Et d’autre part les églises qui sont liées de très près à leur dénomination en Occident ont tendance à être les moins ouvertes à cet égard.

À la fin du roman Perelandra, CS Lewis emploie une image intrigante pour décrire l’œuvre de grâce exercée par le Dieu trinitaire depuis le début de toute chose. Dans la bouche de Tor, l’Adam de Perelandra, un monde qui n’a pas connu la chute, Lewis compare l’activité divine dans le temps à une danse ; La grande Danse. Initialement, seule la Trinité y participe, mais suite aux interventions créatives de la Trinité et avec le temps, d’autres viennent s’y ajouter ; les anges et les Ecritures nous déclarent que même les étoiles chantaient (Job 38v7). Avec la chute, certains se sont éloignés, mais la Danse continue et avec la rédemption à la Croix, à nouveaux d’autres sont invités à se joindre à la Grande Danse. Et c’est seulement en participant à cette Danse que chacun y trouve son sens, sa place dans la Création, une danse où chacun joue un rôle essentiel, mais soumis au Maître de la Danse, le Chorégraphe des chorégraphes. C’est d’ailleurs sur ce ton qu’est fait le reproche de notre Seigneur à sa génération : « A qui donc comparerai-je les hommes de cette génération, et à qui ressemblent-ils ? Ils ressemblent aux enfants assis dans la place publique et qui, se parlant les uns aux autres disent : nous vous avons joué de la flûte et vous n ‘avez pas dansé ; nous vous avons chanté des complaintes , et vous n’avez pas pleuré » (Luc 7v31-32)

Depuis des générations, les évangéliques ont perdu la notion de la danse comme une chose normale et légitime. Pourtant la normalité de ce moyen d’expression est clairement soulignée par le livre d’Ecclésiastes (3v4) qui affirme qu’il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter et un temps pour danser . Et il n’y a pas de raison véritable d’exclure la danse sociale de la portée de ce verset. Pour un grand nombre d’évangéliques l’équation danse =influence du monde est une notion difficile à se défaire. Pour retrouver cette normalité, beaucoup de traditions devront être bouleversées. Mais il se peut que l’obstacle le plus important soit tout simplement nos habitudes…
(…) Il faut que tous se donnent du temps pour retrouver ce qui a été perdu depuis si longtemps.»


Avec l’aimable autorisation de Paul Gosselin

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www.samizdat.qc.ca/publications/ghetto_pg.htm


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